Bienvenue à cette première leçon de worldbuilding, dans laquelle je me penche sur la construction de mondes à partir de mes plus récentes lectures. Car quoi de mieux que d’utiliser des exemples de livres existants pour avoir une meilleure idée sur la description de ton univers fictif?
Sans plus tarder, commençons avec Légendes & Lattes, un roman de Travis Baldree.
Qu’est-ce Légendes & Lattes?
Légendes & Lattes, version traduite de Legends & Lattes, a paru aux éditions Tor en juin 2022. On suit les péripéties de Viv, une orc mercenaire, qui décide de créer un café dans la ville de Tuine. Elle pourra entre autres compter sur l’aide de Cal, un hobgobelin charpentier, ainsi que de Tandri, une succube qui deviendra son employée.
Légendes & Lattes s’inscrit dans le courant du cosy fantasy, un sous-genre du fantasy qui accorde une plus grande place aux relations interpersonnelles qu’aux scènes d’action. Mais il ne faut pas croire que ce roman n’est pas dénudé de worldbuilding! Au cours de ma lecture, j’ai noté plusieurs extraits qui ont attiré mon attention et j’ai décidé de te partager quelques réflexions sur la construction de cet univers fascinant.
Une ville, une histoire
Pour commencer, voici un extrait qui décrit l’entrée de Viv dans Tuine, la ville qu’elle a choisie pour fonder son café :
À mesure qu’elle s’avançait dans la ville, Tuine s’éveillait plus bruyamment. À la périphérie, les bâtiments étaient surtout en bois, avec quelques fondations en pierre de rivière par-ci par-là. Mais plus elle s’enfonçait dans les rues, plus il y avait de pierre, comme si la ville s’était fossilisée avec l’âge. Les chemins boueux laissaient place à des ruelles dallées puis à des artères pavées près du centre-ville. Des temples et des tavernes s’agglutinaient autour de places ornées de statues de personnages qui avaient sûrement dû avoir leur importance.
Ici, on peut imaginer que cela fait un long moment que Tuine existe, ne serait-ce que par la variété de son architecture, mais aussi par la présence de statues que Viv n’arrive pas à identifier au premier coup d’œil. De plus, il ne serait pas surprenant d’apprendre que ce sont les rues les plus fréquentées, c’est-à-dire celles du centre-ville, qui sont les mieux entretenues.
Sur l’origine des mots
Ce deuxième extrait se passe peu de temps après que Viv ait fait goûter du café à Cal, pour qui c’était sa première fois :
Plus tard, ils s’assirent à la grande table, chacun avec sa tasse. Cal faisait mine d’ignorer la sienne, mais Viv le surprit à prendre quelques gorgées quand il croyait qu’elle ne le regardait pas. Elle tenait la sienne à deux mains, s’imprégnant de sa chaleur et de son parfum. Elle avait l’impression d’avoir refermé une boucle, comme le clic satisfaisant d’un verrou qui se pousse.
« Donc. On peut aussi le préparer avec du lait. Tu pourrais préférer comme ça.
– Du lait? grimaça Cal.
– C’est meilleur qu’on ne pourrait le croire. Il faudra que tu essayes quand j’aurai la machine. Les gnomes appellent ça un “latte”.
– Latte? Ça veut dire quelque chose?
– C’est le nom du barista gnome qui l’a inventé, je crois : Latte Diameter. »
D’abord, il est important de spécifier que dans cet univers, le café est une boisson gnome et peu connue dans les autres civilisations. Puis, il y a l’origine du mot « latte » qui, dans notre monde, signifie « lait » en italien. Mais comme la langue italienne n’existe pas dans le monde imaginé par Travis Baldree, il faut une autre explication, qui demeure toutefois logique.
Une créature inquiétante
Dans cet extrait, cela fait un moment que le café est ouvert au public. C’est à ce moment qu’entre en scène cet animal mystérieux :
L’établissement était presque vide, à l’exception d’un vieux nain assis au fond, sirotant sa boisson en lisant lentement son journal, passant le doigt sur les feuilles et bougeant les lèvres à mesure qu’il lisait. Viv se retourna et s’arrêta net. Une énorme créature hirsute se trouvait au centre de la pièce, étalée dans un carré de lumière. Tandri se tenait de l’autre côté, les yeux écarquillés.
La bête devait peser plus d’une soixantaine de kilos et était aussi grosse qu’un loup, mais elle ressemblait surtout à un immense chat de gouttière poilu et couvert de suie.
« Il est juste… apparu, dit faiblement Tandri. Je ne l’ai pas vu entrer.
– Par tous les enfers, qu’est-ce que c’est? »
L’animal massif les ignora toutes les deux et bâilla en s’étirant langoureusement, arquant bien le dos et sortant toutes les griffes de ses pattes avant.
« Un chat sinistre », fit une voix derrière Viv.
Le vieux nain avait levé le nez de son journal.
« On en voit plus des masses, d’nos jours. Sont censés porter chance. Ou malheur. J’sais plus.
– Vous en avez déjà vu avant?
– Oui. Y en avait bien plus quand j’étais minot. De bons ratiers, répondit-il en toussant. Et ils limitaient le nombre de chiens errants. »
Tandri pâlit.
Grâce à cet échange, nous avons un aperçu de la faune locale de Tuine : des rats, des chiens errants, et parfois des chats sinistres. Il y a même un aspect superstitieux par rapport à ce type de félin. De plus, il n’est pas nécessaire d’inventer une créature de toutes pièces, puisqu’on peut simplement exagérer certains traits à partir d’un animal familier aux lecteurs et lectrices.
Et voilà! Avec ces extraits de Légendes & Lattes, tu as une meilleure idée de la manière dont tu peux insérer tes informations sur ton monde fictif. J’espère que ce format d’article te plaît, puisque j’ai bien l’intention de répéter l’expérience de temps en temps, selon mes lectures.
Pour conclure en beauté, voici une description de croissants qui donne faim (et que je partage parce que j’aime la comparaison qui y est présentée) :
Feuilletées et jaunes, les couches beurrées de la pâtisserie s’incurvaient doucement. L’odeur était délicieuse. Elle croqua un bout qui fondit presque dans sa bouche, à la fois riche en beurre et incroyablement léger. Le comparer à du pain ordinaire était comme comparer de la soie à de la toile de jute.
Sur ce, bonne réflexion! 😀
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