Bienvenue dans cette deuxième leçon de worldbuilding, leçon qui se penche sur la construction de mondes à partir de mes lectures. Dans la première leçon, je m’intéressais au roman de cosy fantasy Légendes & Lattes. Cette fois-ci, on change de registre avec La voie de l’apprenti, premier tome de la saga La loi du Poignard écrit par Jean-Sébastien Drouin.
Qu’est-ce que La voie de l’apprenti?
La voie de l’apprenti a paru aux éditions Lux&Nox en mars 2023. Ce livre relate les péripéties d’un enfant, enlevé de sa famille et qui se retrouve loin des siens. Suite aux terribles épreuves l’ayant mené à devenir apprenti pour le Poignard de Gravé-Pic, il recevra le nom d’Arpan Né-du-Vent. Tout ça à cause d’une loi, la loi du Poignard, qui limite l’usage des armes à des combattants d’élite.
La voie de l’apprenti est un récit de type fantasy médiévale. Ce genre littéraire, fortement inspiré par le Moyen Âge, propose des univers peuplés de guerriers, mais aussi de magie. Bien que la magie joue un certain rôle dans le roman, j’ai plutôt décidé de te montrer d’autres extraits, tout aussi intéressants qu’instructifs.
Les activités de la ville
Ce premier extrait se déroule peu de temps après que notre personnage principal devienne l’apprenti de Jeffer, Poignard de Gravé-Pic. Déjà, on peut noter la différence entre son moment de captivité dans la forteresse et sa découverte de la ville :
En bas de la montagne, là où les piliers du château s’enracinaient dans le monde, il y avait tout un village fortifié. Des auberges vides de jours et fourmillant de travailleurs une fois le soir venu. Des boucheries et boulangeries, des commerces où l’on travaillait le cuir, d’autres la pierre et la terre cuite. Des maisons, tant de maisons, leurs volets battant au gré du vent qui s’engouffrait dans les rues avec tant de force qu’il arrivait parfois à y faire rouler le gravier.
Mon exploration très limitée de la forteresse m’avait laissé une impression de vide. Dans la cité, c’était tout le contraire. Je me sentais submergé, chacun de mes sens y était trop ardemment mordu. Je pataugeais dans l’ombre d’une vague humaine qui s’élevait bien haut au-dessus de ma tête et menaçait de m’écraser et de me faire disparaître dans un tourbillon frénétique.
Chaque après-midi, des gardes allumaient d’immenses braséros un peu partout dans la ville. Les flammes se faisaient battre sans relâche par le vent, mais réchauffaient un peu l’atmosphère. Lorsque la nuit s’approchait et que le froid devenait insupportable, les rues de la cité se vidaient et les maisons, tavernes et bordels s’emplissaient.
Plusieurs éléments sont à noter dans cet extrait. Tout d’abord, les commerces cités donnent une idée du mode de vie des habitants de Gravé-Pic, que ce soit par leur alimentation (viande, pain), leur habillement (cuir) ou leur habitation (pierre, terre cuite).
Puis, il y a cette sensation d’étouffement qu’Arpan ressent par rapport à la cité. Lui qui a auparavant vécu au-delà des murs des royaumes, dans les plaines avec sa tribu, il doit dorénavant composer avec un nouvel environnement.
Et enfin, il y a la rudesse du climat, comme le démontrent les vents violents et la froideur des nuits, qui pousse les habitants à se réfugier dans les bâtiments. Toutefois, ça ne les empêche pas de rechercher certains divertissements.
Le poids d’une loi
Dans ce nouvel extrait, Jeffer et Arpan s’apprêtent à sortir de Gravé-Pic dans le but d’affronter le Poignard de Castognard. Cependant, Arpan ne comprend pas bien son rôle en tant qu’apprenti et tout ce qu’implique la loi du Poignard.
Jeffer s’immobilisa. Il m’observa un moment en grimaçant puis, réalisant que ma sottise était sans doute due en grande partie à son avarice de mots, il se maudit à haute voix et décida qu’il était temps de combler certaines des méconnaissances de son apprenti.
– Albert et Christanof ont décidé d’avoir recours à la loi du Poignard, m’expliqua-t-il. Ça veut simplement dire que leurs négociations ont échoué et que leurs Poignards respectifs devront s’affronter pour régler leurs différends. Si je gagne, Albert l’emporte, si je perds et bien… tu comprends, non?
Je hochai la tête.
– La loi du Poignard est utilisée par les rois en dernier recours, car les combats que nous livrons peuvent être mortels et la perte d’un Poignard rend un royaume extrêmement vulnérable. En cet instant, Albert prend un énorme risque en m’envoyant, car si je meurs et que mon apprenti n’est pas prêt à me remplacer…
Il me lança une œillade expressive.
– … le royaume de Gravé-Pic se retrouverait sans défense. Il se pourrait alors que les autres royaumes décident d’en abuser.
Comme Jeffer reprenait la marche, je plongeai dans mes pensées. Mon destin en tant que futur Poignard m’apparaissait de plus en plus clairement : combattre à mort pour un roi adoptif dont je ne connaissais rien.
Cette discussion nous permet tout d’abord de comprendre qu’en raison de sa personnalité, Jeffer est peu doué pour la pédagogie. Par contre, en quelques phrases, il parvient à résumer les risques à faire appel à la loi du Poignard, une loi créée à l’origine pour protéger les Royaumes-en-paix et qui a plusieurs répercussions qu’on découvre au fil de la lecture. Bien entendu, en tant qu’étranger capturé contre son gré, Arpan n’est pas à l’aise dans ce rôle qu’on lui impose.
Deux perceptions
Dans ce dernier extrait, nous avons droit aux souvenirs d’Arpan alors que les préparatifs vont bon train pour le voyage vers Castognard :
L’étable et la forte odeur de chevaux qui y régnait me plurent dès l’instant où j’y mis les pieds. Des chevaux. Certains piaffant dans leur box, d’autres nous observant calmement. J’admirai les différentes teintes de leurs robes et aussitôt, divers souvenirs de mon village natal me vinrent douloureusement à l’esprit. Dans mon ancien chez-moi, les chevaux n’étaient jamais confinés à une cellule. Ces nobles et puissants animaux étaient libres. Nous les considérions comme des amis, pas comme des outils. Jamais un sauvage n’oserait blesser ou entraver son cheval. Là-bas, je prenais autant de plaisir à les chevaucher dans les grandes plaines qu’à les brosser ou à courir à leurs côtés.
Voilà un aspect très intéressant, qui renforce les différences entre les habitants des Royaumes-en-paix et les sauvages d’au-delà des murs. En effet, nous avons deux perceptions opposées en ce qui concerne les chevaux. Et cette manière de voir les cheveux comme un outil influence également ce besoin de les enfermer dans des écuries.
Avec ces extraits de La voie de l’apprenti, on apprend, à travers le regard d’Arpan, plusieurs différences culturelles, que ce soit au niveau du mode de vie, des lois ou de notre rapport avec la nature. Comment va-t-il s’adapter par rapport à son rôle d’apprenti? Je te laisse découvrir tout ça en t’invitant à te procurer le livre sur le site de Lux&Nox.
Sur ce, bonne création! 😀
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