Imaginer un monde fictif gouverné par les femmes est plus compliqué qu’il n’y paraît. En effet, il doit au moins exister une justification appuyée par la logique de ce monde. Dans le cas des Chroniques de Frea, c’est le fait que les femmes, ayant le don de créer la vie, ont aussi le pouvoir de prendre celle d’autrui.
Pour notre prochaine leçon de worldbuilding, nous allons nous intéresser au premier opus de cette saga, soit Le tournoi des reines.
Qu’est-ce que Le tournoi des reines?
Le tournoi des reines (lien d’affiliation) est la première partie de la trilogie des Chroniques de Frea écrite par Jordan H. Bartlett. Publié à l’origine chez CamCat Books sous le titre de Contest of queens, il est disponible aux Éditions Lux & Nox depuis octobre 2024.
Frea, c’est un reinaume divisé en deux (le Reinaume Inférieur et le Reinaume Supérieur) gouverné par la reine Ariel. Cependant, lorsque celle-ci meurt, son fils, le prince Cornelius, ne peut lui succéder, car il est un homme. Un tournoi des reines est alors organisé pour trouver la prochaine souveraine. Jacs, une apprentie inventrice du Reinaume Inférieur, se lance dans cette aventure, même si elle sait qu’elle n’a pas le droit d’y participer. Peut-être retrouvera-t-elle Connor, son correspondant d’enfance, qui vit dans le Reinaume Supérieur. Et pourtant, qu’arrivera-t-il lorsqu’elle réalisera que Connor et le prince Cornelius sont la même personne?
Inspiré par le conte Jack et le haricot magique, Le tournoi des reines propose un univers dans lequel les femmes ont le pouvoir politique et militaire. C’est aussi un roman sur les inégalités entre les classes sociales, influencées par différents facteurs. Examinons de plus près les extraits suivants.
L’accès à la lumière naturelle
Dans le premier extrait choisi, nous retrouvons Jacs en train d’effectuer la cueillette et l’écossage des haricots pour sa mère. Pendant qu’elle s’attelle à sa tâche, elle observe la falaise située pas loin de la maison, frontière naturelle entre le Bas-Reinaume et le Haut-Reinaume et se demande comment c’est là-haut :
Un dicton disait : « Dans le reinaume inférieur, le soleil arrive tard et part tôt. » Il était habituellement utilisé pour se plaindre, mais n’en était pas moins vrai. Chaque jour, le soleil traversait le ciel d’est en ouest. Il restait caché par les montagnes environnantes longtemps après le début de la journée de travail, brillait joyeusement lorsqu’il atteignait son zénith puis commençait à glisser lentement derrière l’autre côté du Haut-Reinaume. La falaise et les montagnes provoquaient un crépuscule prolongé et un coucher de soleil prématuré. Si Jacs vivait dans le Haut-Reinaume, elle aurait droit à des heures de lumière supplémentaire. Si elle vivait dans le Haut-Reinaume, elle découvrirait ce qu’était un véritable lever de soleil.
Voilà un détail intéressant renforcé par la géographie du reinaume de Frea. En effet, parce que le Bas-Reinaume est entouré par la falaise et les montagnes, ses habitants ont un accès restreint à la lumière naturelle. Mais cela ne les empêche pas de se lever tôt, d’autant plus qu’on sait plus tard dans le roman que l’horlogerie existe dans ce monde fictif.
On peut également se questionner sur l’impact de cette différence entre le Bas et le Haut-Reinaume, que ce soit au niveau de l’agriculture, de l’éclairage ou des activités sociales. Déjà, on sait que cette différence se trouve marquée jusqu’aux expressions populaires.
Un royaume divisé
Dans l’extrait suivant, la famille royale et ses gardes prennent part à une balade dans le Haut-Reinaume. Puis, à l’occasion d’une pause pique-nique, la reine Ariel donne une leçon à son fils concernant l’histoire du Haut et du Bas-Reinaume :
– Pendant la querelle centenaire, il y avait cinq ponts entre le Haut et le Bas-Reinaume. Les échanges commerciaux entre les deux terres étaient fréquents, mais l’hostilité entre elles était constante. Les Infériens considéraient ceux qui vivaient dans le Haut-Reinaume comme arrogants, gâtés et exploiteurs. Les Hautériens considéraient ceux qui vivaient dans le Bas-Reinaume comme malhonnêtes, cupides et paresseux.
– Enracinée dans la vérité, celle-là, commenta le roi dans sa barbe.
La reine Ariel lui jeta un regard mauvais et il se concentra sur un morceau de fromage.
Comme on peut le constater, les préjugés envers les Infériens et les Hautériens sont tenaces. Plus tard, la reine Ariel expliquera à son fils les raisons menant à la destruction des ponts entre les deux parties du reinaume, ne laissant qu’un seul pour les rares échanges commerciaux. Il s’agit, bien entendu, d’une information cruciale à l’intrigue de ce roman.
Un avertissement littéraire
Le dernier extrait a besoin de peu de présentation, puisqu’il s’agit du premier paragraphe du chapitre 5, avec Jacs en tant que protagoniste :
Jacs traînait légèrement les pieds alors qu’elle marchait sur le chemin de terre en direction de l’école. Elle était absorbée par L’Ascension des Déchus, un roman sur Icara Daidala, une orpheline inférienne qui découvrait qu’elle était la fille d’un noble hautérien et s’aventurait sur le Pont pour retrouver sa famille. Elle avait lu le livre deux fois auparavant et savait qu’Icara n’avait jamais terminé son voyage. Elle était blessée près du sommet du Pont et sauvée par un couple d’Infériens qui l’adoptait pour mener une vie simple dans le Bas-Reinaume. Le livre servait d’avertissement à toute personne assez téméraire pour tenter d’entrer dans le Haut-Reinaume, mais à chaque fois qu’elle le lisait, elle ne pouvait s’empêcher d’encourager ses efforts futiles. Peut-être y avait-il une suite dont elle n’avait pas entendu parler.
Ici, quelques éléments méritent d’être soulignés. D’abord, le fait qu’il y ait une héroïne dans un roman d’aventure, ce qui est probablement normal dans l’univers des Chroniques de Frea. Mais c’est surtout la fonction de ce livre qui nous intéresse, puisqu’il sert de mise en garde contre les Infériennes et les Infériens désirant franchir le Pont pour entrer illégalement dans le Haut-Reinaume. On peut y voir un parallèle avec les contes de notre propre monde, qui ont aussi servi à donner des conseils aux enfants (ex. : Le Petit Chaperon rouge, Hansel et Gretel, Pierre et le Loup…).
En conclusion, ce sont tous ces petits détails (géographie, préjugés, littérature, etc.) qui renforcent la division entre le Bas et le Haut-Reinaume, mais aussi les rôles tenus par les femmes et les hommes. Si tu as envie de créer un monde fictif à l’envers du nôtre, n’oublie pas de tenir compte de ces détails, mais aussi de leur impact sur le quotidien.
Sur ce, bonne réflexion! 😀
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