Habituellement, une ville ne devient pas une capitale du jour au lendemain. En effet, elle est le résultat de différents facteurs : politiques, économiques, religieux, etc. Mais il arrive qu’une capitale change d’endroit, que ce soit pour marquer les esprits ou pour apaiser les tensions sociopolitiques.
Si tu as envie d’ajouter plus de réalisme à l’histoire de ton monde fictif, je t’invite à t’inspirer de ces quatre cas tirés de notre propre monde.
Changer de capitale à l’aube d’une nouvelle ère : de Kyoto à Tokyo (Japon)
Pendant plus de 1000 ans, soit de 794 à 1868, Kyoto était le siège de la cour impériale japonaise. Toutefois, l’instauration d’un gouvernement militaire à partir de 1603 a déplacé le centre du pouvoir politique vers Edo, qui était à l’origine un village de pêcheurs.
Puis, dans les trente dernières années du shogunat Tokugawa, celui-ci va connaître trois périodes de crises, à la fois économiques, politiques et sociales, qui vont entraîner la chute du régime. Le pouvoir reviendra aux mains du nouvel empereur Meiji, qui va imposer de multiples réformes.
Parmi celles-ci : le transfert de la résidence de l’empereur à Edo, qui sera renommé Tokyo (« la capitale de l’est »), mais aussi un changement de politique étrangère, passant d’une position isolationniste à une ouverture envers l’Occident.
Changer de capitale pour se recentrer : le choix d’Ottawa (Canada)
Sans t’imposer l’histoire complète du Canada, il est pertinent de souligner que ce pays a été une colonie : d’abord française (1534-1763), puis anglaise (1763-1867). Résultat : au moment de la création de la province du Canada en 1841, qui réunit les colonies du Haut-Canada et du Bas-Canada, le gouvernement doit composer avec deux langues (anglais et français), deux religions (catholicisme et protestantisme) et deux systèmes de justice (common law et Coutume de Paris).
Pendant un moment, Kingston était la capitale de la province, puis Montréal à partir de 1843. Cependant, après l’incendie du parlement en 1849, la ville de Québec et celle de Toronto alternaient à titre de capitale. Devant ce procédé extrêmement coûteux, ce fut à la reine Victoria de trancher. Elle favorisa Ottawa, notamment pour sa position centrale dans la province tout en étant suffisamment éloignée de la frontière américaine. C’est ainsi que cette ville, autrefois baptisée Byton lors de sa fondation en 1828, devint la nouvelle capitale en 1857.
Déménager de capitale en temps de guerre : de Bruxelles à Sainte-Adresse (Belgique-France)
Savais-tu qu’une commune française a servi de capitale à la Belgique pendant quelques années? En effet, lorsque la Belgique a été occupée par les Allemands lors de la Première Guerre mondiale, son gouvernement a dû se résoudre à l’exil. Et grâce à l’ambassadeur de Belgique à Paris, Paul Guillaume, le pays a pu obtenir un accord de la France pour se réfugier à Sainte-Adresse, commune située en Normandie.
En tant que station balnéaire, Sainte-Adresse a pu accueillir les ministres et leurs familles grâce aux hôtels et villas inoccupés après la saison estivale. De plus, un bureau de poste belge était en fonction dans l’immeuble Dufayel, bâtiment où se trouvait également une grande partie des ministères. Cette solution de capitale temporaire va ainsi perdurer jusqu’à la fin de la guerre, en 1918, alors que Bruxelles retrouvera son statut.
Multiplier les capitales sur un territoire disputé : Bloemfontein, Le Cap et Pretoria (Afrique du Sud)
En soi, l’histoire de l’Afrique du Sud (et de l’Afrique en général) est si riche qu’il me serait impossible de la résumer en quelques lignes. Par contre, il est pertinent de souligner que le pays a été marqué par la colonisation européenne, c’est-à-dire celle des Pays-Bas et celle du Royaume-Uni.
Pour commencer, Le Cap a été la capitale de la colonie du Cap (colonie à l’origine néerlandaise) avant l’arrivée des Britanniques. Les tensions entre le nouveau pouvoir et les descendants de l’ancienne colonie vont pousser ces derniers à émigrer vers l’intérieur des terres, menant à la fondation de Pretoria (capitale de la république du Transvaal) et à celle de Bloemfontein (capitale de l’État libre d’Orange).
Enfin, après plusieurs années de conflits, les états mentionnés plus tôt seront réunis au sein de l’Afrique du Sud, avec des capitales distinctes les unes des autres : Pretoria en tant que capitale administrative, Le Cap en tant que capitale législative et Bloemfontein en tant que capitale judiciaire.
Bref, le changement de capitales est révélateur sur la situation géopolitique d’une région ou d’un monde. Si tu désires en savoir plus, je t’invite à te procurer l’Atlas historique des capitales déplacées : 70 capitales qui déménagé au fil des siècles (lien d’affiliation), un ouvrage rédigé par Frank Tétart et Pierre-Alexandre Mounier, avec des cartes de Gaëlle Sutton.
Sur ce, bonne création! 😀
Tu souhaites noter les déplacements des capitales de ton monde fictif au fil de ta ligne du temps? Procure-toi Big Bang Worldbuilding, mon gabarit conçu pour Notion!
