Leçons de worldbuilding : Mirage

Ce que j’aime beaucoup de ces leçons de worldbuilding, c’est de pouvoir partager avec toi des mondes fantastiques qui méritent qu’on s’y attarde. Mais je dois admettre que j’ai une préférence pour les œuvres francophones, surtout si elles viennent de ma région. C’est d’ailleurs ce qui m’a motivée à me procurer Mirage, lors d’une séance de signatures à la librairie de ma ville.

Qu’est-ce que Mirage?

Mirage est un roman de Josée Lepire publié chez Alire en 2020. On suit principalement le parcours de Phan, messagère des Oasis, qui est en proie à des visions. Un jour, l’une de ces visions la pousse à confronter les Triumvirats, les dirigeants des Oasis, qui confirment la situation urgente : les Pompes installées par leurs ancêtres, celles qui ont permis la création de puits et l’existence des Oasis, sont en très mauvais état. Les Oasiens n’auront pas le choix de demander l’aide aux Extérieurs, ceux avec qui ils ont coupé tout contact depuis des siècles.

Entre-temps, Roli, tenancière du débit de boissons à Stin, est témoin des questionnements et des inquiétudes des siens face aux secrets des Triumvirats. Que cache cette réunion exceptionnelle de tous les Triumvirats? Et qu’est-il arrivé à Phan, dont on n’a plus de nouvelles depuis plusieurs jours?

Roman de science-fiction postapocalyptique, Mirage porte un regard intéressant sur les réponses politiques et technologiques face aux changements climatiques, incluant la gestion de l’eau. Fait intéressant, ces réponses influencent également les civilisations sur les comportements à adopter. À l’aide d’extraits de cette œuvre, je te propose une courte incursion dans cet univers fragile et fascinant.

Le rapport à l’autre

Dans les Oasis, l’entraide est une valeur clé à la survie. Cependant, lorsque la survie même des Oasis est en jeu, vers qui se tourner? Dans cet extrait, nous avons droit à un regard sur l’Extérieur :

L’Extérieur. Dans les contes pour enfants, c’était la patrie d’une population habituée à avoir toutes les ressources à la portée de la main, de l’eau en quantité illimitée. Là, les gens recevaient tout déjà prêt à être avalé et se montraient si paresseux qu’ils ne pourraient survivre deux jours dans une Oasis. Si les véritables habitants de l’Extérieur ressemblaient un tant soit peu à ceux des contes, ils ne comprendraient pas l’urgence de leur situation, la rareté de l’eau, leur dépendance envers les Pompes et les puits. Ou peut-être comprendraient-ils trop bien et, comme Lip dans l’histoire des chenilles à kumquat, tireraient avantage de la situation. Il avait été le seul à conserver des plants en santé et, plutôt que de partager sa bénédiction, il avait soutiré quantité de faveurs. Il avait fallu l’intervention des quatre Gardiens pour le destituer de sa charge de maraîcher. Peut-être ceux de l’Extérieur profiteraient-ils de la détresse des Oasiens pour exiger un prix exorbitant en échange de leur aide.

Avec ce paragraphe, nous comprenons l’importance de la tradition orale pour éduquer les enfants. En effet, les contes ne sont pas seulement une forme de divertissement, mais aussi un avertissement contre certains dangers (tels que les Extérieurs). Ainsi, il est possible d’enseigner certaines valeurs favorisées par les Oasiens (ex. : le partage) tout en développant une forme de méfiance envers l’étranger (et ainsi protéger l’autonomie des Oasis).

Le rituel de passage à l’âge adulte

Dans ce nouvel extrait, du point de vue de Roli, nous observons une journée spéciale pour Jami, son fils :

Aujourd’hui, son fils participerait à l’Initiation et deviendrait un Oasien à part entière en entamant sa formation, en intégrant la communauté utile et vitale de Stin. Il réciterait les Commandements du désert, qui régissaient leur société et préservaient leur survie ; il ferait l’expérience de la projection immersive présentant la vie avant les Nomades ainsi que les principes fondateurs de leur communauté ; enfin, il répondrait à la question du puits, la question finale de l’Initiation, avant de prêter serment d’obéissance à son maître-enseignant. Roli ne doutait pas de Jami, ni de son adhésion aux préceptes de vie des Oasis, répétés aux Oasiens dès leur enfance et confirmées au moment de l’Initiation. Son passage tardif à l’âge utile n’avait pas été irrigué par l’eau empoisonnée de la paresse, d’une absence d’éthique de travail ou encore d’une indifférence envers sa communauté – des défauts de caractère qui l’auraient couverte de honte – mais plutôt une surabondance d’intérêts. Il voulait faire autant de choses différentes qu’il y avait de grains de sable dans le désert, mais il avait enfin réussi à trouver une façon concrète d’exploiter une de ses passions, la moins fugace, celle de la peinture.

Dans plusieurs civilisations, les rites de passage marquent plusieurs événements importants au cours d’une vie, et celui de l’Initation en fait partie. Il comporte plusieurs étapes (les Commandements du désert, la projection immersive, le serment d’obéissance…) et permet aux Oasiens de passer de l’enfance à l’âge adulte, ou plutôt à « l’âge utile ». Notons aussi l’utilisation du vocabulaire caractérisant l’environnement pour souligner les nombreux intérêts Jami, semblables aux « grains de sable dans le désert ».

Des plats différents

Pour ce dernier extrait, j’ai choisi un paragraphe tiré du point de vue de Phan, alors qu’elle est obligée d’être séparée de ses compagnons d’expédition en raison d’examens médicaux :

Un autre garde lui apporta son repas. Elle mangea seule un mets de viande enrobée d’une pâte lui rappelant les pochettes farcies d’émincé de dromadaire ou de chèvre, mais l’enrobage était ici plus farineux et la texture de la viande était plutôt sèche bien qu’elle fût grasse, car elle n’avait pas été mélangée avec du fromage ou une purée de figue, contrairement à ce qui se faisait dans la recette traditionnelle oasienne. Le résultat exacerbait sa soif, comme souvent avec les repas du poste-frontière. Mais l’isolement lui pesait davantage que son manque d’appétit pour la nourriture des Extérieurs. Elle avait l’habitude de la solitude sur les routes et, comme bien d’autres, elle grignotait souvent en marchant plutôt que de s’arrêter. Cependant, savoir des amis si proches et ne pas pouvoir partager leur repas accentuait son sentiment d’emprisonnement et d’exil. Les ressources étaient comptées en Oasis et on partageait tout, même les bols, les assiettes et les chaudrons.

Avec cet extrait, on peut noter plusieurs observations. Naturellement, les plats des Oasiens et ceux des Extérieurs sont différents, puisqu’ils n’ont pas accès aux mêmes ressources. Il est d’ailleurs intéressant d’ajouter que le mets de viande préparé par les Extérieurs aggrave la soif de Phan, un résultat qu’on souhaite éviter dans le désert, surtout lorsque l’eau est rare.

De plus, avec le métier de messagère, il est préférable de manger tout en marchant, non seulement par souci d’efficacité, mais aussi par survie. Mais cela n’empêche pas Phan d’apprécier les repas entre amis lorsque l’occasion s’y prête.

Comme tu peux le constater, il existe différentes manières de présenter le fonctionnement d’une civilisation, que ce soit par les relations politiques, l’éducation ou la gastronomie. J’aurais pu parler davantage des Oasiens et des Extérieurs, mais je voulais divulgâcher le moins de détails possible. Si tu souhaites savoir comment les Oasiens vont se sortir de cette situation, je t’encourage fortement à te procurer Mirage!

Sur ce, bonne réflexion! 😀

Tu aimerais ajouter plein de détails sur tes civilisations? Procure-toi Big Bang Worldbuilding, mon gabarit conçu pour Notion!

Roman de science-fiction postapocalyptique, Mirage porte un regard intéressant sur les réponses politiques et technologiques face aux changements climatiques, incluant la gestion de l’eau. Fait intéressant, ces réponses influencent également les civilisations sur les comportements à adopter. À l’aide d’extraits de cette œuvre, je te propose une courte incursion dans cet univers fragile et fascinant. #worldbuilding #sciencefiction #sffq

Laisser un commentaire