Site icon Porte épique

Leçons de worldbuilding : Un ciel sans étoiles

Il y a quelque chose de fascinant avec les romans Young Adult. Est-ce en raison de ces jeunes protagonistes aptes à changer le monde? Est-ce ces histoires d’amour passionnantes? Quoi qu’il en soit, lorsque ces livres se retrouvent dans les littératures de l’imaginaire, ils proposent des univers destinés à questionner notre propre monde.

Aujourd’hui, comme leçon de worldbuilding, je te propose une courte analyse d’Un ciel sans étoiles.

Qu’est-ce qu’Un ciel sans étoiles?

Un ciel sans étoiles est une romance postapocalyptique de Gabrielle English publiée chez les éditions Lux&Nox en avril 2024. Son héroïne, Wendy, est l’une des dernières personnes lettrées de l’Île et risque continuellement sa vie pour ajouter de nouveaux livres à sa collection. Lors d’une de ses sorties, elle croise X, un guerrier nomade, avec qui elle formera une relation amoureuse. Mais les choses ne seront pas faciles en raison de la violence des survivants, sans compter cette menace qui pourrait anéantir tous les clans de l’Île.

Bien que cela ne soit pas mentionné explicitement, les événements d’Un ciel sans étoiles se déroulent sur l’île de Montréal, que nous pouvons identifier grâce à quelques points de repère transformés par le temps. Mais il n’y a pas que les lieux qui soient transformés par l’apocalypse. Il y a aussi le mode de vie des survivants, que nous allons examiner de plus près.

Une alimentation différente

Dans ce premier extrait, le groupe de chasse des Enfants perdus, le clan de Wendy, revient au bercail. Son activité a été infructueuse puisqu’il s’est retrouvé dans un chassé-croisé entre les Amazones et les Uns, blessant alors l’un d’entre eux.

– Nak, ça fait des nuits que ça dure! s’emporta Fox. Pas moyen de sortir chasser…

Leur élevage de rats avait été décimé par une maladie. Cela faisait plusieurs nuits qu’ils tentaient d’en attraper d’autres. Ces derniers temps, L’Île était particulièrement agitée, tel un nid de guêpes vrombissant dans lequel on aurait frappé. Les batailles incessantes faisaient fuir les animaux et rendaient toute sortie périlleuse. Leur clan n’avait donc eu aucune protéine à se mettre sous la dent.

Ici, plusieurs éléments peuvent être observés. Il y a bien entendu l’élevage de rats, qu’on peut estimer plus efficace pour un petit clan et qui demande moins de ressources. Il y a aussi les interactions humaines (telles que les batailles), qui influencent le comportement des animaux sauvages.

Et il y a le mot « Nak », que je crois être un dérivé du juron « tabarnak », lui-même dérivé du mot « tabernacle ». Comme quoi la langue ne cesse d’évoluer à travers le temps, même 1500 ans après l’arrivée de l’astéroïde.

Une variété de clans

Dans le prochain extrait, nous sommes rendus à Litha, fête de la fertilité et moment de trêve entre les clans de l’Île. C’est d’ailleurs l’occasion d’en savoir un peu plus sur eux :

La fête battait son plein et l’alcool rendait les buveurs encore plus bruyants, délurés et insouciants. La nuit était chaude, faisant perler leur peau. Un mélange de fumée, d’alcool et de sueur embaumait l’air. Des hommes aux torses nus poussaient des cris de guerre en sautant au-dessus d’une partie du feu. Ceux qui avaient fumé trop d’armoise étaient couchés un peu partout ou déliraient. Les ruelles sombres étaient le lieu de rapprochements intimes. Ceux qui s’unissaient ce soir se battraient peut-être demain. Les Fermiers côtoyaient les Deux-Roues, les Bâtisseurs et les Uns. Des Amazones, des Vautours, des Effeuilleuses et même des Fidèles de Socrate dansaient ensemble de façon lascive. Se mêlaient à eux toutes les familles et les rares individus seuls, que l’on nommait aussi les morts qui marchent. L’énergie était palpable.

Le seul clan qui se mélangeait peu aux autres était celui des Éleveurs. Considérés comme des parias, ces derniers vivaient tels des animaux parmi les zaures. Ils dégageaient souvent une odeur repoussante, parlaient peu, voire pas du tout, et avaient tendance à mourir davantage. On disait qu’ils mangeaient uniquement des zaures ou les charognes de ces derniers. On évitait de les côtoyer. En revanche, grâce à la peau de ces prédateurs, les Éleveurs fabriquaient les meilleures armures de l’Île. Un tissu de rumeurs existait à leur sujet, dont celle murmurant qu’ils croyaient que les zaures étaient l’avenir du monde et qu’il était naturel d’être un jour dévoré par eux.

Comme on peut le constater, il y a plusieurs faits qui confirment la présence d’une fête, moment idéal pour se sortir du quotidien : consommation d’alcool et de drogues, danses, ébats sexuels… Et d’un point de vue génétique, il est intéressant de noter que ces unions temporaires entre différents membres de clan contribuent à la diversité génétique de la population de l’Île.

Toutefois, cette ambiance festive n’empêche pas la tenue de préjugés, notamment envers les Éleveurs, qui demeurent malgré tout nécessaires à l’économie et aux combats de l’Île grâce à leurs armures. À cela s’ajoutent les rumeurs, qui contribuent à susciter la méfiance envers eux.

Un lieu rebaptisé

Enfin, pour ce dernier extrait, je te présente ce paragraphe à propos d’un édifice familier pour les Montréalais :

Le bruit des tam-tams retentissait pendant qu’une foule animée convergeait bruyamment vers un énorme bâtiment de forme circulaire à ciel ouvert. Le toit s’était jadis effondré. Il y avait bien des dizaines d’années qu’à la sueur de leurs fronts et au péril de leurs vies, les habitants avaient fini par libérer les lieux des décombres. La structure était intacte. La tour inclinée, autrefois rattachée à l’édifice gigantesque et trapu, n’avait pas survécu. Elle s’était détachée pour s’effondrer sur le côté. Les habitants de L’Île appelaient ce bâtiment le Colisée. Comme l’architecture de cet endroit était unique, l’histoire propagée voulait qu’il s’agisse du cadeau d’un peuple venu du ciel.

En effet, il s’agit du Stade olympique, qu’on reconnaît à sa tour inclinée. Rebaptisé le Colisée, il est le lieu d’affrontements violents dans lesquels les guerriers peuvent remporter des vivres, des peaux, des remèdes, des armes et plus encore, au grand plaisir des spectateurs. Dans ce monde où les survivants se réfugient dans d’anciennes stations de métro ou des gratte-ciel, il est pertinent d’imaginer que certains bâtiments conservent leur fonction originale en raison de leur architecture.

En conclusion, Un ciel sans étoiles présente un univers intrigant où les livres, fragilisés par le temps, contiennent des réponses sur un passé mystérieux. Mais c’est aussi une histoire d’amour qui va transformer non seulement les protagonistes, mais aussi les relations entre les clans. Si tu aimes les couples de type « ombre et lumière », ce roman devrait te plaire.

Sur ce, bonne réflexion! 😀

Tu voudrais rassembler toutes tes notes sur tes clans et autres organisations de ton univers fictif? Procure-toi Big Bang Worldbuilding, mon gabarit conçu pour Notion!

Quitter la version mobile