Leçons de worldbuilding : La respiration du ciel

Février étant le mois de l’histoire des Noirs, il n’est pas trop tard pour te présenter une œuvre de fantasy différente des univers eurocentristes. Ce livre, que j’avais lu il y a quelques années, mérite amplement sa place dans cette nouvelle leçon de worldbuilding.

Qu’est-ce que La respiration du ciel?

La respiration du ciel

La respiration du ciel est le premier tome de La semeuse de vents, une série écrite par Mélodie Joseph, publié par VLB éditeur en 2023. On y raconte le parcours d’Olive, une fillette amnésique retrouvée par Neige, un Solitaire vivant dans la Tourmente. Placée par la suite dans un orphelinat des îles du ciel, elle tentera de retrouver ses souvenirs alors qu’un pouvoir inquiétant s’éveille en elle.

La respiration du ciel est considérée comme le premier roman d’afrofantasy québécois. En effet, comme le souligne cet article du Métro, ce genre littéraire « propose un récit appartenant au genre de la fantasy, mais écrit du point de vue des peuples afrodescendants et basé sur leurs cultures, leurs histoires, leurs folklores. » À l’aide des extraits dévoilés ci-dessous, voyons comment ce point de vue affecte le worldbuilding d’un univers de fantasy.

Des ruines et des trésors

Dans le premier extrait, nous avons un aperçu de ce que contient la Tourmente, région dangereuse dans laquelle survit Neige :

La Tourmente regorgeait de ruines. Plusieurs civilisations avaient vécu sur ces terres maintenant rongées par les Limbes, et les nombreuses traces de leur passage demeuraient. Ce dont les habitants des îles flottantes ne voulaient plus aboutissait également dans la Tourmente.

Le peuple de Neige, les Solitaires, était d’ailleurs majoritairement constitué de chasseurs de trésors, d’antiquaires et de bricoleurs. Ils récupéraient ce que les Archipéliens avaient abandonné et se le réappropriaient.

Les Limbes facilitaient ce processus de recyclage, car tout ce qui se retrouvait dans les zones où le brouillard était dense se détériorait avec extrême lenteur. Neige s’était déjà promené dans des parties des marécages et du cimetière du ciel qui auraient pu avoir été arrachées à une autre époque. Il avait déjà trouvé des épaves intactes d’aéronefs ayant été utilisés au temps des Grandes Dynasties et des fragments de huttes ayant servi pendant l’Âge des héros.

Mais jamais il n’était tombé sur quelque chose d’aussi majestueux et d’aussi bien préservé que les ruines qui se trouvaient maintenant en face de lui.

Déjà, nous pouvons nous apercevoir qu’il existe deux mondes différents : celui de la Tourmente (habité par les Solitaires) et celui des îles flottantes (habité par les Archipéliens). Bien qu’on ignore encore comment fonctionne l’économie des îles flottantes, nous pouvons nous imaginer que ces dernières ont une histoire riche, alors que les Solitaires se contentent de récupérer divers artefacts pour gagner leur vie.

La nature et les saisons

À travers l’extrait suivant, nous apprenons un peu plus sur le mode de vie des Solitaires :

Dans les Limbes, où tant de choses semblent immuables et où le climat ne change jamais, la vie était néanmoins découpée en cycles de douze saisons comptant chacune vingt-neuf ou vingt-huit jours. Chaque saison correspondait à des occupations précises, guidées par les activités de la faune et de la flore. Il y avait celle de la chasse, associée à la période de migration des aurochs, celle des loups durant laquelle les smilodons et les loups sinistres rôdaient en grand nombre dans le Grand Vide, puis les saisons dites d’hibernation, où les plantes tout comme les animaux se dissimulaient aux yeux des Solitaires et fuyaient les pics de toxicité du brouillard.

Comme dans plusieurs civilisations, les années se divisent en suivant les changements dans la nature et les activités humaines qui y sont liées. À titre d’exemple chez les Atikamekw, l’année est divisée en six saisons : Sikon (pré-printemps, saison de la fonte des neiges), Miroskamin (printemps, saison des grands voyagements), Nipin (été, saison de la chasse au petit gibier), Takwakin (automne, saison de la chasse à l’orignal), Pitcipipon (pré-hiver, saison de la trappe) et Pipon (hiver, saison de la pêche sous la glace).

Le Solitaire et l’Archipélien

Enfin, dans le dernier extrait de cet article, nous retrouvons Neige et Olive, qui ont quitté la Tourmente à l’aide d’une montgolfière, et qui viennent d’atterrir à Nébule, ville possédant l’un des plus grands marchés des Quatre archipels :

Alors qu’ils quittaient leur aérostat et en sortaient leur lourd sac de trésors, un travailleur du port accourut dans leur direction avec un rouleau de parchemin sous le bras. C’était la première fois qu’Olive rencontrait un Archipélien, et elle fut surprise de constater à quel point il différait de Neige ou de Frimas. Plus sombre de peau, mais surtout plus petit et menu, l’homme arrivait à peine à l’épaule de Neige. Il était vêtu de tissus fins et propres aux couleurs franches : une tunique coquille d’œuf, surmontée d’une ceinture rouge, qui se terminait aux genoux par une ligne de motifs géométriques orange. Elle était assortie à une courte cape marron jetée sur ses épaules frêles. Une paire de chaussures ouvertes en fibres complétaient l’ensemble – Olive se demanda comment elles pouvaient être confortables, car elles laissaient les orteils à l’air libre et se nouaient à la cheville avec des nœuds d’apparence fragile. Les longs cheveux noirs de l’Archipélien devaient aussi être gênants et inconfortables. Coiffés en petites tresses serrées et décorés d’anneaux dorés, ils descendaient jusqu’à ses omoplates et volaient derrière lui tandis qu’il trottinait. Une inquiétude mêlée de méfiance marquait ses traits glabres.

Il y a quelques informations intéressantes dévoilées par cet extrait. Bien sûr, il y a les différences physiologiques entre les Solitaires et les Archipéliens, mais aussi les différences vestimentaires. Pensons entre autres aux tissus fins, qui conviennent à un climat chaud en plus de démontrer un statut social élevé. Statut social également souligné par les anneaux dorés de la coiffure.

Quant aux motifs géométriques de la tunique, on peut imaginer qu’ils démontrent un savoir-faire artisanal qui va au-delà de la survivance. En d’autres termes, lorsqu’une civilisation parvient à combler ses besoins les plus importants (incluant la nourriture et l’abri), il devient possible d’envisager d’autres métiers : c’est la division du travail.

Comme tu peux le constater, La respiration du ciel possède un univers riche, avec des archipels rappelant ceux des Caraïbes. Et tous ces extraits arrivent avant qu’Olive se retrouve dans un orphelinat. Si tu veux en savoir plus sur ses péripéties, je t’invite fortement à te procurer ce livre ainsi que sa suite, La Chèvre Noire.

Sur ce, bonne réflexion! 😀

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La respiration du ciel est considérée comme le premier roman d’afrofantasy québécois. En effet, comme le souligne ce texte du Métro, ce genre littéraire « propose un récit appartenant au genre de la fantasy, mais écrit du point de vue des peuples afrodescendants et basé sur leurs cultures, leurs histoires, leurs folklores. » À l’aide des extraits dévoilés dans cet article, voyons comment ce point de vue affecte le worldbuilding d’un univers de fantasy. #worldbuilding #fantasy #afrofantasy

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