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Leçons de worldbuilding : Louis Cyr, une épopée légendaire

Si tu as décidé de te lancer dans l’écriture d’un roman, l’un des conseils les plus pertinents que j’aie lus est l’importance de nourrir ton imaginaire. Et pas seulement avec des romans, mais aussi avec des films, des animes, des journaux ou des biographies.

Eh oui! Les biographies peuvent être des sources intéressantes pour nourrir ton worldbuilding, surtout si tu t’inspires d’une période historique telle que le Moyen Âge ou la Belle Époque. Et puisque la Saint-Jean-Baptiste (fête nationale du Québec) approche, la nouvelle leçon de worldbuilding portera sur le récit biographique d’un Québécois célèbre.

Qu’est-ce que Louis Cyr, une épopée légendaire?

Louis Cyr, une épopée légendaire, est une biographie écrite par Paul Ohl publiée aux Éditions Libre Expression en 2005. Elle raconte la vie de Cyprien Noé Cyr (1863-1912), homme fort québécois ayant accompli des exploits incroyables, au point d’être reconnu à titre de champion mondial dans les années 1890.

Pour un auteur ou une autrice, une biographie telle que Louis Cyr, une épopée légendaire offre une source formidable d’éléments pouvant inspirer son worldbuilding, que ce soit le mode de vie des habitants de l’époque, la technologie ou encore les rumeurs. Voici quelques extraits prouvant qu’il est possible de donner vie à un univers fictif à partir de faits réels.

Des récits légendaires

Dans le premier extrait, Paul Ohl aborde l’enfance et l’adolescence de Louis Cyr, né Cyprien Noé Cyr, qui nous permet entre autres de mieux comprendre la fascination du personnage envers la force :

Cyprien Noé, deuxième enfant des Cyr, mais premier garçon d’une famille qui allait compter treize naissances entre 1861 et 1883, dont dix vivantes, se vit très tôt comme le « papa des garçons », ce qui à ses yeux n’était pas une mince affaire. Sa liturgie personnelle, il la tenait de la bouche de celui qu’il appelait affectueusement « mon grand-grand-père » et, plus tard, le « vieux, vieux Pierre Cyr ». C’est ce dernier, alors âgé de soixante-dix-sept ans, qui présidait les agapes des Cyr à la table de famille. Le même qui se plaisait à raconter comment les Cyr de toute la lignée avaient fui « les persécutions des Anglais, franchi à pied le trajet jusqu’à Québec, passé les nuits sous bois, chassé les ours à coups de bâton ». La réalité fut autre, nous le savons, mais pour Cyprien Noé plus particulièrement, ces récits à saveur légendaire forgèrent son culte de la force physique, quoiqu’il avouera, une fois adulte, qu’il « pouvait y avoir, dans toutes ces histoires d’aïeuls et de trisaïeuls, bien de bonnes blagues ». Une tradition orale donc, qui allait lier « l’héritage reçu de parents et d’aïeuls, tous enfants des champs » à une future carrière tracée par la force physique. « C’est de ces bons vieillards que je tiens en grande partie l’héritage de ma force », dira Louis Cyr.

À partir de ce paragraphe, plusieurs éléments ont retenu mon attention. Tout d’abord, le rôle de Cyprien Noé en tant que premier garçon de la famille, pouvant alors impliquer de grandes responsabilités auprès de sa nombreuse fratrie. Puis, il y a le rôle du « vieux, vieux Pierre Cyr », qui est celui d’éduquer sa descendance, notamment en lui transmettant l’histoire de sa famille.

Cette histoire, qui comporte une part de vérité et une part de fantaisie, ne sert pas uniquement à éduquer ou à divertir, mais aussi à inculquer des valeurs fondamentales à une famille ou à une civilisation. Par exemple, il n’est pas anodin d’imaginer une famille de paysans valoriser la force physique, une qualité requise pour accomplir différentes tâches et ainsi rentabiliser la productivité des champs et des élevages.

Une ville industrielle

Comme plusieurs Canadiens français de l’époque, la famille Cyr quitte le pays afin de trouver du travail aux États-Unis. À la fin de 1878, elle s’établit à Lowell, petite ville industrielle du Massachusetts :

Pour certains, Lowell fut l’œuvre de Dieu, pour d’autres, une invention du diable. Le fait était que Lowell, petit village situé sur les rives de la Merrimack, dont les eaux, tumultueuses par endroits, traversent le New Hampshire avant d’arroser le nord du Massachusetts pour se jeter dans l’Atlantique à Newburryport, connut un essor industriel prodigieux au cours de la première partie du XIXe siècle. À cette époque, un économiste français, Michel Chevalier, avait décrit Lowell ainsi: « La ville, avec ses manufactures aux façades ouvragées, ressemble à une ville d’Espagne parsemée de monastères, à la différence cependant qu’à Lowell, il n’existe point d’œuvres d’art, et que les religieuses à Lowell, plutôt que de se consacrer aux prières, passent leurs journées et leurs nuits à filer du coton. » Lowell, surnommée « la Venise d’Amérique », comptait en 1870 plus de cent vingt épiceries, neuf hôtels, une centaine de maisons de pension, quatorze pharmacies, onze banques, treize studios de photographie, soixante médecins et quinze étables à chevaux.

Par cet extrait, on peut imaginer différentes manières de décrire une ville :

Concernant les établissements, il est intéressant de constater que leur nombre donne non seulement une idée de la population et de son mode de vie (ex. : les étables à chevaux pour le transport et les déplacements), mais donne aussi une idée d’une économie en pleine croissance. Ainsi, les neuf hôtels présents peuvent laisser penser qu’il y a une grande vague de voyageurs et de travailleurs, que ce soit de passage ou dans l’attente d’un logement plus ou moins permanent.

Un meuble populaire

Enfin, le dernier extrait se situe quelques mois après le passage de Louis Cyr en Angleterre, durant lequel il souleva, à l’aide de son dos, une plateforme sur laquelle se trouvaient plusieurs personnes pour un poids total de 3635 livres. En effet, le 10 août 1892, des personnalités et des milliers de Montréalais ont applaudi Louis Cyr lors d’une apparition publique au parc du Mont-Royal. Pour cette occasion, un cadeau lui a été remis :

Il fallut trois hommes pour placer, à la vue de tous, une imposante pièce recouverte d’un drap. Ce fut le maire McShane qui dévoila l’objet, qu’il présenta à Louis Cyr « au nom des citoyens de Montréal reconnaissants ». C’était une énorme berçante, d’un poids compris entre 150 et 175 livres. Le meuble était une œuvre originale d’ébénistes montréalais, tant par ses proportions démesurées que par ses composantes agrémentées de parties tournées. Il était en chêne, essence dure considérée comme le bois noble et réputée pour sa résistance et la beauté de son grain. Son fini fumé, un peu plus sombre que la couleur dorée d’origine du chêne, faisait ressortir les veinures caractéristiques de ce bois. Le modèle s’inspirait de la lignée des meubles en chêne québécois, dont plusieurs, notamment les tables de salle à manger, étaient portés par de lourds pieds tournés cannelés, et il suivait la mode Arts and Crafts qui, depuis quelques années, « emportait à elle seule toute l’Amérique de la Belle Époque ». Haute de presque 4 ½ pieds, la berçante arborait un siège d’une largeur de 3 pieds et d’une profondeur de 2 pieds, et chaque colonne de soutien mesurait 1 ½ pied de circonférence.
Il n’en fallut pas davantage pour que la mode de la « berçante jumbo Louis Cyr » fût lancée. Quelques semaines plus tard, des répliques firent leur apparition sur le marché de l’ameublement québécois. Déjà que le public recherchait des articles solidement construits en bois franc, il fit de cette berceuse un de ses meubles de prédilection, si bien qu’on le retrouva dans les catalogues de la Beauharnois Furniture et de la Kilgour Brothers Furniture, et plus tard de P.T. Légaré, pendant plus de vingt ans.

Comme tu peux le constater, une biographie peut contenir différentes informations pertinentes sur le monde dans lequel a vécu un personnage historique, à la condition qu’elle soit le fruit de longues recherches, appuyées par une grande variété de sources (articles scientifiques, articles de journaux, livres, etc.). N’hésite pas à consulter ces sources supplémentaires, qui peuvent te révéler d’autres détails pertinents dans la construction de ton monde fictif.

Sur ce, bonne réflexion! 😀

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