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Leçons de worldbuilding : Overcity

Lors de la sortie du numéro d’automne de la revue Solaris (234), les lecteurices ont pu découvrir trois de mes critiques. Parmi celles-ci : mon point de vue d’Overcity, un roman québécois qui vaut le détour et qui est aujourd’hui notre leçon de worldbuilding.

Qu’est-ce qu’Overcity?

Overcity est un roman de Dave Côté publié chez Les Six Brumes en 2024. Overcity, c’est aussi le nom de la ville formée par l’inconscient collectif de Montréal, qui a pris forme en 2008. Là-bas, la perception des Montréalais influence la personnalité des gens qui visitent cette ville parallèle. Et sous les points de vue du pompier Normand Lemieux, de l’assistant Francis Dufour et de la musicienne Avril Dumas, on découvre les combats pour le contrôle de cette ville fantasmée, notamment entre Masaru Horiuchi, riche homme d’affaires, et cette femme qu’on nomme la Sorcière.

Considéré comme un roman fantastique urbain, Overcity navigue entre le surnaturel et le futurisme. De plus, ce roman offre une réflexion pertinente sur le pouvoir de l’image, que ce soit notre perception de soi ou celle des autres. Et, bien entendu, il possède également un worldbuilding intéressant, qui mérite d’être examiné à travers les extraits suivants.

Disparitions et théories

Ce premier extrait, du point de vue de Normand Lemieux, se déroule peu de temps après que celui-ci ait été témoin de disparitions mystérieuses à travers Montréal :

Durant le trajet, alors qu’il se laisse fondre contre la banquette, il a l’occasion d’écouter la radio, dont le volume est sans doute poussé au maximum, car une distorsion désagréable lui agresse les oreilles. Et lui qui se demandait si on oserait parler de surnaturel dans les médias! Il semble qu’il s’était montré très conservateur. On répète le mot toutes les quatre secondes, on aligne des expressions comme « manifestations divines », « interventions extraterrestres », « fusion entre les dimensions », « rapture ». Bien entendu, les animateurs ne s’impliquent pas directement, mais les invités, eux, baignent dans les idées farfelues avec un plaisir manifeste. On laisse le micro à des prétendus médiums, à des « spécialistes » obscurs, à des auteurs de romans fantastiques, à des gens qui disent avoir été enlevés à bord d’ovnis dix ans plus tôt…

Il est pertinent de noter que ce passage démontre bien les répercussions des événements au niveau des médias, notamment dans l’analyse de l’information. D’autant plus que, dans un univers dans lequel un événement inexplicable se produit, toutes les théories sont déployées, peu importe la crédibilité de ses supporteurs.

De plus, ce paragraphe donne un aperçu du pouvoir des médias (radio, télévision, Internet…), qui sera exploré plus loin dans ce roman.

Technologie avancée

Dans le prochain extrait, nous retrouvons Francis Dufour, publicitaire pour la compagnie Djinn, dans le bar le plus huppé d’Overcity :

Il n’a qu’à éloigner le téléphone de sa joue pour que celui-ci se dématérialise. Il n’est pas le seul qui possède un appareil avec ces caractéristiques : ces objets sont devenus très importants pour bien des gens, à Montréal comme à Overcity, une extension de leur corps et de leur esprit. Djinn a même un forfait qui inclut les téléphones, avec données Internet, minutes illimitées et dématérialisation. Francis ressent une petite fierté, toutefois, à l’idée qu’il ne doit son téléphone particulier à personne d’autre que lui-même. On l’a toujours connu avec, depuis qu’il est venu à Overcity pour la première fois.

Ce qui est particulier avec Overcity, c’est que c’est l’inconscient collectif des Montréalais qui octroie des pouvoirs particuliers à des personnes ou à des objets, notamment la dématérialisation des téléphones cellulaires. Résultat : Overcity est en mesure de créer des objets d’une technologie avancée, considérés comme des produits de luxe qui font l’envie de ceux et celles qui n’ont pas les moyens de se rendre dans cette ville parallèle.

Milieu de vie

Enfin, le dernier extrait que je te présente concerne Avril Dumas, qui n’a pas la notoriété nécessaire pour vivre à Overcity, l’obligeant alors à rester à Montréal :

Le trajet d’autobus, au retour, est interminable. Le soleil est déjà en train de se coucher, et il n’est même pas dix-sept heures. Il fait froid; le seul siège qui était libre n’a plus de recouvrement et il est glacial; les fenêtres crasseuses ne laissent rien voir. L’état des véhicules est vraiment terrible, mais la ville n’a pas le choix. L’achalandage a tellement augmenté qu’ils doivent utiliser tous les autobus qui sont disponibles. Tous ces gens qui veulent aller à Overcity, mais qui ne le peuvent pas encore.

En transformant les désirs de ses visiteurs en réalité, Overcity est devenue une destination populaire, mais ce n’est pas n’importe quelle personne qui peut y avoir accès. En effet, il faut marquer suffisamment l’inconscient collectif des Montréalais pour se retrouver à Overcity, sinon on devient « figurant » ou, encore pire, une « silhouette ». Ainsi, plusieurs sont restés à Montréal pour se faire une image assez forte pour entrer à Overcity, entraînant alors des conséquences au niveau des logements et des déplacements.

Comme tu peux le constater, Overcity possède un worldbuilding crédible, nourri par les répercussions sur l’image de soi et des autres. Et encore, je n’ai pas parlé du rôle de la Sorcière, très important dans ce roman. Si tu veux en savoir plus, je t’invite fortement à emprunter ou à acheter cette œuvre de Dave Côté.

Sur ce, bonne réflexion! 😀

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