Un truc que j’aime bien, c’est d’aller fouiner dans les boutiques de livres usagés, histoire de trouver de vieux livres de fantasy ou de science-fiction écrits au Québec. C’est ainsi que j’ai trouvé un exemplaire de Titralak, cadet de l’espace, un roman jeunesse de science-fiction.
D’ailleurs, comme il s’agit d’une histoire qui se déroule durant l’été, autant en faire une leçon de worldbuilding, juste avant la rentrée scolaire!
Qu’est-ce que Titralak, cadet de l’espace?
Titralak, cadet de l’espace est un roman de Suzanne Martel publié à l’origine par Les Éditions Héritage en 1974. Toutefois, il existe une deuxième édition, revue et corrigée, publiée en 1979. C’est sur cette édition que s’appuiera notre analyse.
Pendant les vacances d’été, six enfants (Alain, Marie-Noël, Thomas, Pascal, Yves et Claire) jouent aux Aventures, que ce soient en tant qu’espions ou en tant que membres d’un équipage de sous-marin. Cette fois-ci, ils jouent les explorateurs de l’espace, se projetant dans la découverte de nouveaux lieux. Un soir, Alain, qui occupe le rôle du professeur, est témoin de l’écrasement d’une soucoupe volante. Son seul occupant? Un Tachyonnien du nom de Tritralak, qui a prévu l’autodestruction de son module en cas de nécessité. Saura-t-il réparer son vaisseau et retrouver les siens? Ou sera-t-il découvert par d’inquiétants Terriens?
Roman de science-fiction, Titralak, cadet de l’espace est une histoire d’amitié, mais aussi de découvertes entre deux civilisations différentes. À partir des extraits suivants, nous allons apprendre comment Titralak perçoit cette civilisation qui lui est étrangère.
Les Terriens du point de vue d’un Tachyonnien
Dans ce premier extrait, nous nous retrouvons dans le carnet de bord de Titralak, qui décrit les premiers Terriens avec qui il entre en contact, c’est-à-dire Alain et Marie-Noël :
Je n’ai pu encore obtenir de précisions sur leur lieu d’origine. Ils ont laissé entendre qu’ils seraient « d’une autre dimension », ce qui suppose une technologie supérieure à la nôtre. Ils sont du peuple des Aventuriers.
Physiquement, ces êtres nous ressemblent. Ils ne présentent pas les différences qui nous rebutent, comme les tentacules des Trifluons ou l’épiderme vert des Algormars.
Les aventuriers ont deux bras, des mains préhensiles, deux jambes articulées, deux oreilles, une seule bouche. Les spécimens que j’ai rencontrés ont une toison très frisée, une jaune, l’autre marron.
Autres particularités: leur front est nu et leurs yeux sont protégés par des écailles naturelles transparentes, derrière lesquelles ont [sic] voit des pupilles plus allongées que les nôtres et dont les couleurs varient d’un sujet à l’autre.
Leur taille est un peu supérieure à la mienne et je n’ai pu évaluer leur âge avec certitude. Ils ont une apparence juvénile, mais peut-être est-elle caractéristique de leur race?
Il est pertinent de préciser que, plus tôt dans l’histoire, Alain et Marie-Noël ont choisi une attitude prudente envers l’extraterrestre (c’est-à-dire en spécifiant qu’ils sont des Aventuriers plutôt que des Terriens) dans le but de se protéger. Cette fausse information influence, bien entendu, la perception de Titralak envers eux.
À propos de la description physique, il est naturel de commencer en comparant à ce qu’on connaît déjà (que ce soit par rapport aux Tachyonniens ou aux autres espèces telles que les Trifluons ou les Algormars) pour ensuite se diriger vers les particularités frappantes. Dans le cas de Titralak, ce sont les lunettes des protagonistes (les « écailles naturelles transparentes ») qui attirent son attention.
Des points en commun
Dans l’extrait suivant, c’est un Titralak déguisé qui va à la rencontre des autres enfants à leur campement. Les chiens, César et Pénéloppe, réagissent vivement. Mais le chat Moustache développe une autre attitude :
Moustache, qui d’habitude dédaigne les nouveaux venus, arque le dos et crache d’indignation; son poil se hérisse jusqu’à doubler de volume. Même Claire n’ose l’approcher pour le calmer.
C’est pourtant vers cette boule menaçante que le jeune extra-terrestre se dirige d’un pas ferme. Il tend la main et sans hésiter, il la pose sur la tête de Moustache. Aussitôt, le chat semble se vider à la fois de sa colère et de ses muscles. Il s’accroupit et rampe aux pieds de Titralak et le chat sent confusément que derrière les impénétrables lunettes noires, des yeux jaunes pareils aux siens le fixent intensément. Une étrange fraternité les rapproche.
Ici, il est intéressant de noter la réaction des animaux par rapport à l’extraterrestre, notamment en se basant sur leurs sens (surtout l’odorat et la vision). Dans le cas de Moustache, celui-ci perçoit des points en commun avec Titralak, dont l’espèce a des traits félins (non seulement pour les yeux, mais aussi pour sa facilité à se mouvoir dans son environnement).
Les Tachyonniens et les loisirs
Dans le dernier extrait, Titralak, toujours déguisé, est hébergé chez tante Odile, la gardienne d’Alain et d’Yves. L’autre pensionnaire de tante Odile, Michel, est un jeune étudiant en génie dont le talent pourrait aider Titralak à réparer son vaisseau.
Ce soir-là, Titralak fait connaissance avec le phénomène extraordinaire de la télévision.
Installé entre Yves et tante Odile, sous les yeux inquiets de Michel et d’Alain qui ont peur qu’il ne se trahisse, le Tachyonnien fasciné n’en croit pas ses lunettes noires.
Sa civilisation, si avancée à d’autres points de vue, ignore le grand art des loisirs. Tout est travail, recherche ou étude pour les Tachyonniens. Aussi, le cadet de l’espace ne parvient-il pas à saisir que les personnages qu’il voit évoluer sur le petit écran de couleur jouent un rôle.
Chaque combat inégal le fait vibrer d’indignation. Les poursuites à cheval ou en automobile lui paraissent superflues, puisque, chez lui, on peut paralyser les ennemis à distance.
Les plus beaux drames restent pour lui ceux des annonces commerciales, ces mises en scène ultra-rapides où la solution arrive aussi vite que le problème. Une douleur? Une pilule. Une tache? Un détergent. Soif? Buvez, et en plus d’apaiser votre soif, vous aurez des amis, des chants, du bonheur.
La mère de famille harassée, dont les enfants et le chien maculent les planchers de confiture et de boue, retrouve son sourire devant une bouteille magique et semble découvrir la joie avec les coups de balai. Cette philosophie primitive satisfait l’esprit logique de Titralak.
Par ces paragraphes, on remarque bien l’esprit rationnel de Titralak, qui trouve ses origines dans l’éducation de sa civilisation. Ainsi, une solution rapide telle que publicisée par les annonces commerciales parvient davantage à séduire le Tachyonnien plutôt que les fictions, dans lesquelles priment l’action et les émotions.
Comme tu peux le constater, l’arrivée d’un extraterrestre par soucoupe volante peut être l’occasion d’en apprendre plus sur les Terriens, que ce soit sur leur habillement, leur relation avec les animaux ou leurs loisirs. Mais en adoptant le point de vue de l’extraterrestre, on peut se permettre de sortir des sentiers battus et d’aller au-delà de nos propres repères.
Sur ce, bonne réflexion! 😀
Tu aimerais classer tes notes d’écriture en fonction du territoire ou des fêtes de tes civilisations fictives Procure-toi Big Bang Worldbuilding, mon gabarit conçu pour Notion!
