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Leçons de worldbuilding : La décodeuse

On ne va pas se mentir, la situation actuelle sur la Terre n’est pas joyeuse, que ce soit au niveau politique, économique ou environnemental. Il est donc tout à fait normal de se tourner vers la lecture afin de s’évader, même dans les pires mondes imaginables comme celui des Hunger Games.

Et pourtant, la dystopie est un genre qui peut être inspirant, ne serait-ce que pour retrouver des héroïnes et des héros capables de remettre en question ce qui ne marche pas. Pour cette leçon de worldbuilding, nous allons visiter une dystopie inspirée par l’informatique et le posthumanisme : La décodeuse.

Qu’est-ce que La décodeuse?

La décodeuse (lien d’affiliation) est la première partie de la duologie Sélection artificielle écrite par Stéphanie Sylvain et publiée aux Éditions du Bouclier en 2024. On y raconte le parcours de Daphné, cadette de la cellule familiale des Savard. Delta de naissance, elle désire améliorer sa vie et celles de ses proches en intégrant une caste supérieure (menée par les Gammas, les Bêtas et les Alphas). Mais le moindre faux pas peut être catastrophique…

En tant que dystopie, La décodeuse propose un univers impitoyable contrôlé par le Parti communautaire optimal et ses principes visant l’excellence en tous points. Les extraits choisis pour cette leçon de worldbuidling visent d’ailleurs à démontrer comment cette constante recherche d’optimisation affecte plusieurs éléments de la société.

Routine familiale

Dans ce premier extrait, nous découvrons le quotidien de la cellule familiale Savard. Alors que la mère, Dionne, doit partir pour le travail, ses enfants, Drew et Daphné, doivent accomplir leurs propres devoirs :

Dès que ses pas se sont estompés dans le couloir partagé, le frère et la sœur échangent une grimace, puis entament la routine du soir. Sans besoin d’instructions, l’aîné se rend en cuisine pour accomplir ses tâches. Chaque fois que le travail les prive de leur mère, il sait se transformer en personne responsable. Le préadolescent déniche d’abord un assortiment de protéines artificielles et de vitamines sous forme de gelée. Ce repas parfaitement équilibré est engouffré dans le four ondial et ressort bien fumant au bout de quelques secondes. La portion est offerte nonchalamment à la cadette, avec couteau et fourchette en prime. Le garçon se rend ensuite à sa chambre, un second plat entre les mains. Il mange toujours en solitaire et privilégie le multitâche, comme le font la plupart des grands carriéristes.

Ici, quelques éléments sont à mettre en évidence. Tout d’abord, dans une société où la performance prime avant tout, tout doit être optimisé pour éviter les pertes de temps. Ainsi, la préparation d’un mets est réduite à un réchauffement de ses « ingrédients » en quelques secondes. Juste assez pour offrir un « repas parfaitement équilibré ».

Notons aussi le comportement de Drew, qui va manger en solitaire dans sa chambre plutôt que de rester auprès de sa petite sœur. Il s’agit d’un des nombreux signes indiquant l’obsession du préadolescent envers l’excellence. Bien que cela ait très peu à voir avec le worldbuilding, il est pertinent de souligner à quel point les valeurs portées par une société peuvent avoir une influence sur la psychologie des personnages.

En marge

Dans le prochain extrait, Daphné, devenue à son tour préadolescente, se rend en périphérie de la ville par ses propres moyens, et ce, afin de tester un drone modifié :

Au fil de sa marche, elle voit le nombre d’immeubles d’habitation diminuer peu à peu. La hauteur moyenne des édifices chute drastiquement. La propreté des rues et du trottoir devient plutôt relative. Daphné remarque un tas de ferraille disposé sous un viaduc de béton. Il est étonnant de voir, au milieu de ces débris, des individus qui semblent discuter entre eux ou sont occupés à dormir, allongés sur des restes de tissus déchirés. Ces personnes sont sans contredit des Obsolètes. L’odeur de compost qui provient de l’usine de fertilisants tout près d’eux ne semble pas les incommoder outre mesure. La vie hors système apparaît pourtant très peu confortable aux yeux de Daphné.

Il est intéressant de souligner le terme « Obsolètes », ces personnes qui ont une « vie hors système ». Pour une société obsédée par la performance au point de comparer les humains à des objets, ces personnes n’ont plus aucune utilité. Pour la personne désirant mettre au point un système de castes, il demeure pertinent de réfléchir au sens donné par les mots.

Un autre point d’intérêt relevé par cet extrait se trouve au niveau de l’urbanisme. En effet, si tu examines différentes cartes des grandes villes de notre réalité, tu remarqueras qu’il y a une démarcation entre les zones industrielles et les zones urbaines. Et en raison de l’odeur provenant de l’usine de fertilisant dans l’univers de La décodeuse, il est donc raisonnable d’imaginer que celui-ci se trouve le plus loin possible des immeubles d’habitation.

Jeu extrême

Enfin, le dernier extrait a lieu alors que Daphné est devenue étudiante en techniques de l’informatique. Malgré sa vie mouvementée, elle trouve le moyen de se divertir :

La jeune Delta, à l’aube de l’âge adulte, tente de contenir le tumulte qui gronde dans son cortex. Cela explique sans doute pourquoi elle ressent si régulièrement le besoin de se défouler. Elle cherche continuellement les sensations fortes et ses boosters ne suffisent plus à la stimuler. Quand ses études n’accaparent pas trop son temps, elle en profite donc pour se plonger dans une simulation de réalité virtuelle complètement immersive. La montée d’adrénaline que procure le logiciel EXTRACTION, considéré comme le plus difficile de sa catégorie, est devenue son péché mignon. Dans sa petite chambre d’étudiant, le matelas a été relevé contre le mur. Un casque optique est plaqué sur la tête de la Delta. Des gants spéciaux remplacent les manettes moins précises; un luxe qu’elle s’est autorisé dès que son taux a été suffisant. Une fois enfilés, ces accessoires haute technologie captent ses mouvements grâce à des détecteurs intégrés aux fibres du tissu. Comme les consignes de sécurité le prescrivent, l’utilisatrice prend soin d’installer sur son torse un moniteur cardiaque de sûreté en cas de palpitations trop intenses. Les enjeux sont fictifs, mais les sensations sont bien réelles une fois en ligne.

Comme tu peux le constater, le terme « jeu » ne figure pas dans l’extrait, mais on comprend que, pour Daphné, EXTRACTION est un moyen de se détendre. L’expression « simulation de réalité virtuelle » utilisée dans ce paragraphe n’est donc pas anodine, puisque c’est ainsi que le voit le concepteur d’EXTRACTION, qui sera présenté plus tard dans le récit.

En conclusion, nous avons vu, à travers les extraits de La décodeuse, plusieurs éléments associés à la dystopie, que ce soit la recherche de la performance dès le jeune âge ou la mise à l’écart des personnes indésirables. On peut également faire un parallèle avec son système de castes et celui présent dans Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley. Cependant, au meilleur de mes connaissances, il est intéressant de souligner l’évolution de la protagoniste en tant que mère. Bref, c’est la preuve qu’il est encore possible d’ajouter sa touche personnelle dans ce type de récit.

Sur ce, bonne réflexion! 😀

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