Plus tôt cette année, j’ai eu la chance de participer à un épisode du balado Pop-en-stock. Imaginaire et culture pop (et faire ainsi un peu de publicité pour ce blogue). Le sujet de l’épisode? Dans une galaxie près de chez vous, une série télévisée qui a marqué la fin de mon adolescence.
Que tu sois fan de DUGPDCV ou non, je t’invite à cette nouvelle leçon de worldbuilding, dans lequel nous allons survoler un univers fictif bien particulier.
Qu’est-ce que Dans une galaxie près de chez vous?
Dans une galaxie près de chez vous est une série télévisée québécoise diffusée pour la première fois de 1999 à 2001. Elle raconte la quête de l’équipage du Romano Fafard, qui recherche une nouvelle planète d’accueil pour déménager l’humanité alors que « la Terre se meurt sous les rayons du soleil » (les mots du générique) en raison de la pollution.
Dans la première saison, l’équipage est constituée du capitaine Charles Patenaude, du scientifique Brad Spitfire, du technicien au radar Flavien Bouchard, du pilote Bob Dieudonné Marcellin, de la psychologue Valence Leclerc, du « médecin » Mirabella Romario et du mercenaire Falbo Gotta. À partir de la deuxième saison, Mirabella et Falbo disparaissent pour être remplacés par la technicienne (et médecin) Petrolia Parenteau Stanislavski et son robot, Serge.
Cette série de science-fiction, connue pour son humour absurde et ses nombreuses allusions à la culture québécoise, connaît un immense succès à un point tel qu’il y aura ensuite deux films, sortis respectivement en 2004 et en 2008. Au moment d’écrire ces lignes, les créateurs de la série, Claude Legault et Pierre-Yves Bernard, sont en train de rédiger le scénario du troisième film.

Et parlant de scénario, l’analyse de cet univers loufoque se basera sur le scénario du premier film, qui a paru sous le titre de Dans une galaxie près de chez vous : scénario du film – et autres stupidités aux éditions Les 400 coups en 2004. Sans plus tarder, voici trois extraits qui dévoilent à la fois l’absurdité des thèmes ainsi que les personnalités des personnages.
Un problème de taille
Peu de temps après le rejet de la planète Abitibi-2 (car trop de mouches) pour héberger les Terriens, le capitaine Patenaude se fait attaquer par une créature géante dans le vaisseau. Heureusement, il se fait sauver par Flavien, qui élimine la « bibitte ». Mais une fois remis de ses blessures, le capitaine apprend qui est derrière la création de la créature. Une nouvelle qui est loin de le réjouir…
CAPITAINE
Brad Spitfire! Vous avez créé une bestiole de 500 kilos en croisant des gènes d’un scorpion, d’une tarentule et d’un avocat!VALENCE
Non, c’était un agent d’immeubles!CAPITAINE
C’est pire!BRAD
(Minimisant)
Bon, j’ai peut-être mis un ‘ti peu trop d’agent d’immeubles…CAPITAINE
Elle a failli me tuer et détruire tout le vaisseau!BRAD
Elle aurait bouffé toutes les mouches d’Abitibi-2.CAPITAINE
Il y a des milliards de mouches au mètre cube sur cette planète. Vous imaginez le nombre d’araignées que ça prendrait?BRAD
Mais pour manger les araignées, on aurait croisé des chats de ruelle avec des gènes de banquier et…
Ici, aucune limite dans les modifications génétiques! Et aucune considération éthique de la part de Brad Spitfire, qui est l’être le plus détestable dans tout l’équipage. D’autant plus que cette relation hostile entre le capitaine et le scientifique est annonciatrice d’une décision radicale, qui va par la suite déclencher une série d’événements que je ne vais pas dévoiler pour celles et ceux qui n’ont pas vu le film.
En d’autres termes, autant dans la série que dans les films, Brad est un personnage fascinant qui, par ses multiples défauts, est souvent celui qui crée l’action, pour le meilleur et pour le pire.
Une mauvaise réputation
En mission de sauvetage sur la planète Esthetika, l’équipage du Romano Fafard tombe par hasard sur Kerplunk, un habitant des lieux, qui révèle l’existence d’un devin. Considérant cette information cruciale pour trouver une planète habitable, le capitaine sépare son équipage en deux, une équipe poursuivant la mission de sauvetage alors que l’autre va à la rencontre du devin.
Pendant que Kerplunk guide le capitaine et Brad vers le devin, la discussion suivante tourne autour des Terriens, terme qui, précisons-le, cause des vomissements après de la population d’Esthetika :
CAPITAINE
Notre planète est finie et elle n’est plus sur la garantie. D’ailleurs, vous en connaîtriez pas une où on pourrait déménager 5 milliards de Ter… de bon monde?KERPLUNK
J’ai bien entendu parler de quelques planètes magnifiques mais qui sont déjà occupées. Et, qui accepteraient de cohabiter avec vous?CAPITAINE
(S’énervant)
Heille, d’où ça vient, cette réputation-là?KERPLUNK
Votre planète a été visitée plus souvent que vous ne le croyez. De nombreux peuples vous ont vus vous entretuer : les Karpons, les Isinoches, les Raëliens.CAPITAINE
(Agacé)
Oui, bon, on a été un peu torrieux dans le passé… comme tout le monde.KERPLUNK
Ici, on n’a ni famine, ni guerre, ni armement; personne ne meurt de maladie et l’environnement n’est pas pollué.BRAD
Oui mais vous avez pas le câble, par exemple!
Il est intéressant de noter que les Terriens ne sont pas les seuls à posséder la technologie nécessaire pour voyager dans l’espace, mais aussi qu’ils ont une réputation (peu envieuse) qui les précède avant leur rencontre avec les autres civilisations. Il s’agit d’ailleurs d’un thème qui est souvent abordé au cours de la série télévisée.
Et bien que les habitants d’Esthetika aient une meilleure réputation que celle des Terriens, il est pertinent d’ajouter que plus tard, on apprend que le seul vice de cette population est l’obsession pour la beauté. Une caractéristique qui nous rappelle le trope Planet of Hats, dans lequel une seule culture est représentée à l’échelle d’une planète.
Un phénomène étrange
Dans ce dernier extrait, l’équipage du Romano Fafard vient d’accomplir une manœuvre délicate afin d’entrer dans l’orbite d’un astéroïde. Par contre, elle n’est pas au bout de ses surprises…
FLAVIEN
(Dans un cri de joie)
On est en orbite autour du Cégep de Rosemont!Cris de joie. Tous félicitent Bob. Ces célébrations sont vite interrompues par un signal sonore.
FLAVIEN
On rentre dans une bizarre de zone, Capitaine… il y a des milliards de particules.PETROLIA
(Désignant le hublot)
Regardez!Ils regardent par le hublot : ils y voient…
BOB
Des bas!Effectivement, par le hublot on peut voir des milliers de chaussettes qui flottent dans l’espace!
PETROLIA
Pis il y en a pas deux de pareils!VALENCE
(S’avançant, fascinée)
C’est le triangle des Bermudes des bas tout seuls! Tous les bas de l’histoire de l’humanité qui se sont perdus durant le lavage se sont retrouvés ici!BRAD
… attirés par le nuage d’électricité statique.Insert visuel : le vaisseau est dans une zone composée d’une quantité innommable de chaussettes dépareillées qui flottent dans l’espace! Cette zone entoure l’astéroïde. Retour à la salle de commandement : l’équipage regarde cet hallucinant spectacle par les hublots.
J’apprécie cet extrait pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’astéroïde est nommé d’après un établissement d’études postsecondaires situé à Montréal (le Cégep de Rosemont), ce qui correspond aux noms absurdes de planètes et autres objets célestes qu’on retrouve dans la série (Ovégas, Rintintinos, Granola-8, etc.).
Et il y a le triangle des Bermudes des bas tout seul, qui apporte une explication plus ou moins logique (et tout aussi loufoque) aux bas qu’on perd au moment du lavage. Ce spectacle fascinant offre d’ailleurs un moment de répit aux membres de l’équipage, qui s’apprêtent à affronter un danger mortel lors de l’exploration de la prochaine planète.
En conclusion, Dans une galaxie près de chez vous possède un univers éclaté, mais qui sert également à dévoiler les relations entre les membres de l’équipage ainsi que la nature profondément humaine des Terriens. Si tu désires en savoir plus sur la création de cette série télévisée, je t’invite à visionner Dans une galaxie près de chez vous : 25 ans de mission, série documentaire disponible sur Crave.
Sur ce, bonne réflexion! 😀
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