L’année 2025 s’achève et j’ai l’impression que tout se bouscule, au point de livrer en retard ma prochaine leçon de worldbuilding. Heureusement, celle-ci est enfin écrite, présentant un univers lui aussi sur le point de bascule.
Qu’est-ce que L’Anse-aux-Malices?
L’Anse-aux-Malices (lien d’affiliation) est le premier tome d’Aporia de Bruno Massé et publié aux éditions Fides en 2024. C’est aussi le nom d’une cité décadente tirant ses ressources de l’Hinterland, un territoire maudit où règnent l’Étrange et les Horreurs. Et au centre de divers complots, trois femmes luttant pour leur survie : Vivianne, sorcière de sang; Marguerot, artisane spécialisée dans le verre; et Blixa les Clous, forgeronne s’entraînant à devenir brigande.
Inscrite dans la dark fantasy, L’Anse-aux-Malice présente des personnages qui souffrent, et ce, dans une ambiance sombre et un humour grinçant. À l’aide de trois extraits, voyons voir comment la faune, l’armement et la religion se démarquent dans cet univers particulier.
Créatures nocturnes
Dans ce premier extrait, nous retrouvons Marguerot, qui observe depuis une fenêtre L’Anse-aux-Malices alors plongée dans le crépuscule :
Il n’y a pas que Marguerot qui ait soif du printemps. Avec la tombée de la nuit, un piaillement distinctif commence à se faire entendre à travers les tours, les manoirs et les hauteurs: les petits points noirs qui filent, tournoient, battent des ailes énergiquement. Les chauves-souris de L’Anse-aux-Malices, élevées dans les plus hautes tours et protégées par les pignons, ont repris du service après le long hiver et s’attaquent aux mouches qui pullulent du large, protégeant les citadins des nuisances avec leur danse mortelle.
Par ce court extrait, on rappelle le mode de vie des chauves-souris. D’abord, qu’elles sont des créatures nocturnes. Puis, qu’elles favorisent les bâtiments en hauteur pour se réfugier (ce qui tombe bien, puisqu’il y a de nombreuses tours à L’Anse-aux-Malices). Par la suite, le fait qu’elles hibernent durant la saison froide pour ensuite se nourrir d’insectes une fois le printemps revenu.
Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’il n’est pas rare que les animaux s’adaptent à la vie urbaine lorsqu’il est question de survie. Si tu as envie de trouver d’autres exemples, sache que j’ai trouvé 7 exemples d’animaux pouvant faire partie de la faune urbaine de ton monde fictif, incluant les faucons et les ours.
Gardes à l’allure animalière
Dans l’extrait suivant, Vivianne est abordée dans une ruelle étroite par un Courtier et deux flibustiers. L’aspect de ces derniers est remarqué par la sorcière de sang :
Pour Vivianne, leur armure rappelle toujours l’exosquelette d’un mollusque des profondeurs: le cuir poli, onduleux et effilé en pointes acérées, les différentes pièces entrecoupées de plaques d’un métal inconnu mais chatoyant, évoquant des mauves et des pourpres, selon l’angle et la lumière.
Leur plastron affiche fièrement le Nid-de-Pie, symbole de L’Anse-aux-Malices. Et comme pour tout flibustier, une demi-douzaine d’armes secrètes est assurément dissimulée quelque part sur leur personne, mais la classe des Vipères, elle, arbore l’arbalète massive bien en évidence, chargée avec cinq carreaux. Il est dit qu’une Vipère digne de ce nom peut atteindre un homme en pleine course à cent mètres de distance et qu’un seul carreau est suffisant pour le clouer à un tronc d’arbre. Et au cas où un écervelé réussirait par miracle à s’approcher, le museau de l’arbalète est complété de deux lames parallèles en guise de baïonnette, comme des crocs de serpent.
Il est pertinent de noter l’aspect maritime dans les termes utilisés ci-dessus, d’autant plus que L’Anse-aux-Malices a été fondée par des marins. Ici, les flibustiers ne sont pas des pirates, mais des gardes, vêtus d’une armure évoquant les mollusques. Toutefois, ces gardes se distinguent par le type d’armement, dans ce cas-ci une arbalète, arme des Vipères.
Bref, dans un monde fictif, un terme peut avoir une tout autre signification pour des raisons historiques ou esthétiques.
Idoles religieuses
Dans le dernier extrait, Blixa s’entraîne avec Harrot, avec des résultats peu convaincants. Lorsqu’elle déclare qu’elle ne boira plus jamais, son ami lui demande si elle jure devant Elle :
Harrot pointe la statue. La Mère des Larmes. Elle surplombe la colline où le duo a pris l’habitude de s’entraîner pour l’autre job après le travail, justement parce que c’est toujours tranquille ici, depuis que les Rigolins ont installé une nouvelle idole plus près du village, grand accomplissement du maire Sicard. Les villageois s’aventurent aussi loin que leur courage le leur permet, ce qui n’est pas très loin finalement.
Des statues de la Mère jonchent tout l’Hinterland. Blixa en a vu une trâlée. Malgré les variations, la Mère est toujours enrobée dans un châle, son visage incliné en signe de compassion, une main sur le cœur et l’autre – gauche ou droite, peu importe – tendue vers le bas, paume vers le haut.
Cela dit, elle ne s’est jamais demandé pourquoi la Mère des Larmes était vénérée: ça allait de soi. Qui n’a pas besoin d’une oreille attentive, de temps à autre?
Plusieurs informations ressortent de cet extrait. Tout d’abord, que les villageois sont de nature peu aventureux, ce qui s’explique entre autres par le monde sombre dans lequel ils habitent. Ensuite, que le culte de la Mère des Larmes se trouve un peu partout dans l’Hinterland, comme le démontrent ses nombreuses statues.
Et ce qui est particulièrement intéressant, c’est l’iconographie de la Mère, c’est-à-dire la manière dont elle est représentée. Alors que plusieurs divinités de notre monde sont reconnues pour leurs attributs (ex. : la foudre pour Zeus ou le cheval pour Epona), on reconnaît la Mère par ses vêtements et sa pose.
Comme tu peux le constater, L’Anse-aux-Malices possède une aura particulière, marquée par la géographie, les créatures étranges ainsi que la langue. Bien que je n’ai pas abordé spécifiquement la question de la langue dans les dialogues, je t’invite à découvrir ce choix étonnant pour l’utilisation de mots québécois, qu’on remarque peu en fantasy.
Sur ce, bonne réflexion! 😀
Tu aimerais noter tous les détails de ton univers fictif? Procure-toi Big Bang Worldbuilding, mon gabarit conçu pour Notion!
